Malheureusement l’avenir s’est assombri un peu plus vite que prévu par la faute du Conseil de la concurrence qui, le 7 juillet 2009 a rendu son avis[1] sur les pratiques commerciales d’Orange.
Par la saisine du Conseil, le ministre de l’économie souhaitait savoir si « les exclusivités acquises par certains F.A.I. sur des contenus très attractifs ne risqueraient pas de capter la clientèle des autres opérateurs au point de détériorer la concurrence sur le marché aval » c'est-à-dire le marché de la distribution d’offre de télévision payante.
Après avoir procédé à une délimitation des différents marchés en cause – marché de l’acquisition des droits, de gros de chaînes de télévision payante, de distribution d’offre de télévision payante, du haut et du très haut débit – le Conseil s’attache à évaluer les avantages et les inconvénients de la situation actuelle.
Pour le conseil, l’accès des F.A.I. à une activité d’édition des chaines est très difficile du fait de l’existence d’importants coûts à l’entrée et un manque de transparence sur les exclusivités conclues avec les détenteurs des droits. Le conseil reconnaît que l’arrivé de nouveaux opérateurs « permet un meilleur financement des ayant droits » dont l’effet pro-concurrentiel reste « difficile à déterminer » bien qu’il soit permis de penser que le consommateur pourra en retirer certains avantages (prix des abonnements, apparition d’une offre intermédiaire actuellement inexistante). Toutefois, lorsqu’il se prononce sur la stratégie d’Orange, le Conseil est très clair : « la bonne réponse à une insuffisance de compétition en amont n’est pas d’encourager une stratégie qui peut avoir pour effet potentiel le verrouillage de la concurrence en aval ». En clair le modèle d’Orange qui repose sur une double exclusivité d’accès et de transport de ses chaînes à contenu premium est un « modèle économique contestable ». Il pourrait aboutir à restreindre le choix des consommateurs, créer des distorsions de concurrence au dépens des F.A.I. qui pourraient perdre certains clients changeant d’opérateur uniquement pour accéder aux contenus premium et conduire in fine à un duopole sur le marché de la télévision payante. On peut certes s’accorder sur le risque d’une perte de choix pour le consommateur cependant il faudra également essayer de déterminer si elle peut compenser la perte de bien être liée à l’effondrement de nombreux clubs professionnels.
L’avis rendu par le Conseil ne va pas dans le sens du maintien de recettes comparables à celles perçues lors du précédent appel d’offre. Tout juste accorde t-il une trêve à Orange en acceptant une double exclusivité strictement limitée dans le temps – pas plus de deux ans c'est-à-dire jusqu’à la fin du contrat passé avec la L.F.P. – et dans son champ. Cette exclusivité temporaire pourrait permettre aux abonnés de parfaire l’apprentissage des nouveaux services interactifs et à Orange de peaufiner son produit.
Enfin le conseil appelle le législateur à envoyer un « signe fort » de manière à fixer des règles claires en la matière. Il est donc impératif que le monde du sport continue d’essayer de faire prendre conscience au gouvernement que l’enjeu de cette question dépasse le simple milieu du Football[2]. Il s’agit donc de prendre en compte la spécificité du secteur et d’établir des règles claires afin de ne pas mettre en péril l’évolution des ligues de sport professionnel et de ne pas compromettre leur développement pour de nombreuses années. Cet avenir semble s’assombrir un peu plus au regard des déclarations de Didier Lombard qui promet d’adapter son modèle économique. Il s’agit en réalité d’augmenter le prix d’Orange sports pour compenser l’absence d’abonnement « triple play ». Pourtant il n’est pas certain que la disposition à payer des consommateurs soit plus grande au regard de l’offre actuel d’Orange qui ne comporte qu’un match par journée de championnat.
On le voit bien, le législateur devra prendre en compte les aspects concurrentiels sur les différents marchés concernés, la protection des consommateurs et la nécessaire préservation du modèle économique du sport professionnel français.
[1] Cons. Conc., 7 juillet 2009, sur les relations d’exclusivité entre activité d’opérateurs de communication électronique et activité de distribution de contenus et de services, avis n°09 A 42.
[2] En ce sens voir la déclaration de l’Association Nationale des Ligues de Sports Professionnels (A.N.L.S.P) en date du 30 mars 2009.
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